Tout le monde le sait et l'a compris, maintenant, Jacques
Salomé est mon auteur favori... j'en ai fait une catégorie...!
J'aime beaucoup ce texte de
lui...
j'aimerais vous le faire
partager...
Je sais que vous n'avez pas beaucoup de temps, mais
ayez le courage de le lire
jusqu'au bout, même si c'est plus tard ou dans quelques jours... il pourrait vous être utile... vous aider...
Trouver la bonne distance
Jacques Salomé
Trouver la bonne distance dans une relation proche n’est pas facile, c’est
toujours une démarche sensible, délicate, qu’il faut apprivoiser dans chaque rencontre. Nous allons, le plus souvent, vers ceux qui paraissent importants pour nous, avec beaucoup de
contradictions.
Avec le désir de les sentir proches, de vivre plus de choses avec eux et, en
même temps, avec le désir de rester à l’écoute de leur sensibilité, de ne pas les importuner, de ne pas peser sur eux. Nous voulons pouvoir manifester notre intérêt ou notre attention tout en
voulant qu’ils l’acceptent sans avoir à quémander ou à imposer. Le besoin de présence et, surtout, de l’attention de celui ou de celle pour qui nous avons de l’attachement peut être vécu par
ceux-ci comme inconfortable, parfois même comme intrusif.
L’un des paradoxes des relations proches, c’est que le besoin d’intimité de
l’un et de l’autre, en termes de temps et d’espace, risque de devenir contradictoire. L’un pouvant dire : « C’est avec toi et seulement avec toi que j’ai envie de vivre de l’intimité… », l’autre
tentant de faire entendre : « Mon besoin d’intimité ne se limite pas à toi, j’ai un besoin d’intimité personnelle dans laquelle tu n’es pas toujours présent… » Ainsi, notre intimité risque d’être
maltraitée par celui ou celle qui prétend nous aimer ou vouloir notre bien-être.
Cela commence tôt dans la vie d’un enfant, avec des questions intrusives : « A
quoi tu penses ? », « Veux-tu me dire ce qui te passe par la tête quand tu rêves ? » et, par la suite : « J’ai besoin que tu me parles de toi, que tu me dises tout, que tu ne me caches rien de ce
que tu vis, de tes sentiments… » Tout se passe comme si chacun, dans un donner recevoir subtil, devait se signifier en permanence comme ouvert, disponible à l’échange et au
partage.
Ma naïveté fut longtemps de croire que ceux qui manifestaient quelque
considération pour moi pouvaient entendre mon besoin de retrait, de réserve ou de solitude. Le plus difficile est de dire non à une attente de ceux qui nous aiment, attente chez eux qui cherche à
s’imposer comme une évidence pour nous ! « On se voit si peu, c’est important pour moi de savoir ce que tu vis ! »
Dans le registre du toucher, du contact physique, la bonne distance sera
fonction de l’état émotionnel qui habite chacun. Un seul geste, et un accord inouï se réalise. « Avec ce geste qu’elle a eu de prendre ma tête dans sa main et d’approcher sa joue contre la
mienne, en respirant tout contre moi, elle a aboli toutes les distances entre les femmes et moi, réparé d’un seul coup toutes les injustices de mon enfance.
Elle avait trouvé tout de suite la bonne distance, celle dont je rêvais sans
avoir même jamais pu espérer la rencontrer ! » La bonne distance est à inventer à chaque rencontre, elle n’obéit à aucune règle, sinon celle d’écouter les milles signes qui peuvent s’accorder et
s’amplifier.
Psychosociologue et écrivain, Jacques Salomé est l’auteur de, notamment
“Apprivoiser la tendresse” (J’ai lu, 2002), “En amour, l’avenir vient de loin” et “Je m'appelle toi” (Albin Michel,1996 et 1992). Internet : www.j-salome.com